Préférer se masturber plutôt que faire l’amour : ce que ça raconte du couple

Oct 19, 2026 | Sexualité et Intimité

Tu aimes ton partenaire, mais ce soir tu préfères te masturber. Aussitôt, une petite question peut gâcher le plaisir : est-ce que ça veut dire quelque chose sur ton couple ? Une enquête Ifop pour Passage du Désir publiée en octobre 2026 donne un point de départ intéressant : 39 % des femmes en couple depuis au moins un an disent avoir préféré la masturbation à un rapport avec leur partenaire au cours des douze derniers mois. Je ne vais pas transformer ce chiffre en alarme conjugale. Une envie d’orgasme en solo ne raconte pas forcément un manque d’amour. En revanche, elle peut donner l’occasion de parler franchement de désir, de sextoys, de plaisir partagé et de ce qui te convient moins sous la couette.

Ce que dit vraiment le chiffre de 39 %

Le chiffre 39 % écrit sur un carnet, à côté d’un stylo, de lunettes et d’une tasse de café.

Le rapport de l’Observatoire du désir féminin a posé la question à 1 190 femmes en couple depuis au moins un an. Il leur demandait si, dans l’année écoulée, elles avaient préféré se masturber plutôt qu’avoir un rapport avec leur partenaire.

Les réponses se lisent simplement :

  • 10 % : cette préférence leur est arrivée souvent.
  • 29 % : elle leur est arrivée rarement.
  • 39 % au total : près de quatre sur dix ont donc répondu oui, sans forcément préférer la masturbation à chaque occasion.

Une soirée en solo dans l’année et l’évitement de tous les rapports, ce n’est pas la même histoire. Je garderais cette différence en tête avant de lancer un « Tu préfères ton sextoy à moi ? ». L’enquête n’a pas organisé un match entre les partenaires et les accessoires.

Pour situer la source : l’enquête Ifop pour l’enseigne Passage du Désir a été menée en ligne du 19 au 24 août 2026 auprès de 1 947 femmes adultes, dont 1 240 en couple. Elle recueille des expériences déclarées ; elle ne permet pas de savoir pourquoi chacune a fait ce choix.

Et remettons la masturbation à sa place : c’est aussi du sexe, même quand on est seul. Le titre distingue le plaisir solo du sexe à deux. Il ne réserve pas le mot « sexualité » aux rapports avec pénétration ou aux moments partagés.

Préférer le plaisir solo peut raconter plusieurs choses

Une femme adulte habillée prend un moment de repos avec une tasse sur un balcon végétalisé.

Avant de te demander si ton couple va mal, regarde ce que tu préfères dans ce moment solo. Est-ce le calme, l’absence d’attente autour de l’orgasme, ou la possibilité de retrouver un plaisir qui manque dans les rapports ? La réponse compte davantage qu’un compteur de séances.

Une envie à soi, sans devoir organiser un moment à deux

Tu peux avoir envie d’un orgasme sans avoir envie d’un rapport. À deux, il faut trouver un rythme commun, écouter les réactions et dire ce qui plaît. Un moment de masturbation n’engage pas la même disponibilité.

Un soir de fatigue, tu peux préférer rester dans ta bulle, avec ou sans sextoy, sans avoir à expliquer tes envies. Cela n’exclut pas d’apprécier le sexe avec ton partenaire à d’autres moments. Ton désir peut avoir plusieurs façons de s’exprimer.

Je te conseille de le dire avec des mots qui te ressemblent : « J’avais envie de me masturber, pas d’un rapport ce soir. » Inutile d’inventer une excuse respectable. En revanche, si quelque chose te manque dans le sexe à deux, mieux vaut lui faire une place que tout ranger derrière le besoin d’être seul.

Un rythme personnel qui ne coïncide pas avec celui du partenaire

L’envie de l’un peut arriver quand l’autre veut dormir, travailler ou simplement rester tranquille. Le décalage ne crée aucune dette. La personne qui souhaite un rapport peut exprimer son envie ; celle qui n’en a pas envie n’a pas à se rendre disponible pour éviter une comparaison avec la masturbation.

On peut entendre « Tu me manques » sans en faire une réservation pour le soir même. Et se masturber ne dispense pas d’écouter un partenaire qui souffre du peu de sexe partagé. Il faut pouvoir parler des deux, sans transformer l’envie de l’un en obligation pour l’autre.

Les variations de libido méritent d’être regardées dans leur contexte. Le chiffre de l’enquête ne permet pas de dire si, pour une personne donnée, il s’agit d’une différence de rythme, d’un changement récent ou d’un problème plus durable.

Parfois, une sexualité partagée qui ne convient plus vraiment

Il ne faudrait pas non plus rassurer à tout prix. Si les rapports te laissent souvent sur ta faim, si ton plaisir passe après celui de l’autre ou si tu simules pour écourter, le sujet mérite une vraie discussion. Aimer quelqu’un n’oblige pas à aimer toutes ses habitudes au lit.

Pour trouver ce qui manque, pars de questions concrètes :

  • Est-ce que j’ai assez de temps pour ressentir du plaisir ?
  • Est-ce que mes préférences sont écoutées, y compris autour de la pénétration et des sextoys ?
  • Est-ce que l’orgasme est devenu un résultat à fournir ?
  • Est-ce que je peux dire « autrement » ou « stop » sans craindre de vexer ?

Ce ne sont pas des notes à attribuer au partenaire. Ce sont des pistes pour dire ce qui te conviendrait mieux. Le slow sex peut aider à ouvrir la discussion sur le rythme, si l’idée plaît aux deux. Mais inutile d’adopter une étiquette avant d’avoir nommé ce qui coince.

En parler sans transformer le plaisir en compétition

Deux partenaires adultes discutent avec attention, assis sur un muret dans un parc en automne.

« Tu préfères te masturber plutôt que coucher avec moi ? » La question peut sortir sous le coup de la blessure. Je choisirais un autre moment pour en parler : ni juste après un refus, ni pendant un rapport. Il s’agit de comprendre vos envies, pas d’obtenir une promesse de sexe pour le lendemain.

Partir de ce que tu ressens, pas d’une accusation

Si tu te sens mis à l’écart, dis-le. « J’ai peur de ne plus te plaire » ouvre une conversation plus honnête qu’une attaque contre la masturbation. Ton inquiétude mérite d’être entendue ; elle ne permet pas de deviner ce que l’autre ressent.

Quelques phrases peuvent aider à ouvrir une discussion plus précise :

  • « Je me sens moins proche de toi ces derniers temps. J’aimerais comprendre comment tu le vis. »
  • « Mes moments seuls ne disent pas tout de mon envie pour toi. En revanche, j’aimerais qu’on change certaines habitudes à deux. »
  • « Qu’est-ce qui te plaît encore dans notre intimité, et qu’est-ce qui te pèse ? »

Si ton partenaire dit manquer de plaisir dans les rapports, résiste à l’envie de te défendre immédiatement. Demande ce qui lui conviendrait mieux. Une préférence sexuelle n’est pas une critique de toute ta personne.

Exprimer un manque sans réclamer des comptes

Tu peux manquer de sexe à deux. Ton partenaire peut aimer se masturber. Les deux sujets méritent une conversation, sans surveillance des moments solo ni décompte des orgasmes.

Mon conseil : parler du lien que tu souhaites retrouver. « J’aimerais qu’on passe un moment ensemble sans écran » ouvre une possibilité concrète. « Puisque tu as de l’énergie pour te masturber, tu en as pour moi » impose une disponibilité que l’autre n’a pas donnée. Le désir ne se distribue pas sur présentation d’un justificatif.

Pour entretenir la sexualité du couple, mieux vaut chercher ce qui rend la rencontre désirable pour chacun que négocier un quota. Une invitation doit pouvoir recevoir un refus. Et un moment tendre peut rester tendre, sans devenir la première étape obligatoire d’un rapport.

Choisir un petit changement et reconnaître ce qui demande de l’aide

Si une envie commune apparaît, commence par un changement qui donne envie aux deux. Quelques possibilités peuvent servir de point de départ :

  • Prendre davantage de temps, sans promettre un orgasme.
  • Dire ce qui plaît et ce qui ne plaît plus, sans attendre que l’autre devine.
  • Parler d’un sextoy si l’idée intéresse les deux, sans en faire le remède à une difficulté de couple.

Je préfère un petit changement choisi à une grande promesse faite pour calmer la discussion. Et rien n’oblige à partager la masturbation : garder une part de son plaisir pour soi reste possible.

En revanche, une douleur, une difficulté sexuelle persistante ou une souffrance importante ne se règle pas en faisant davantage d’efforts pour séduire. Un médecin, un professionnel de santé sexuelle ou un thérapeute de couple, selon la situation, peut aider à chercher ce qui se passe. Demander cet accompagnement ne signifie pas que le couple a échoué.

Je garderais finalement cette question : « Est-ce que notre intimité laisse de la place à mes envies et aux tiennes ? » Le plaisir solo n’est pas un bulletin de notes sur le partenaire. Il peut être un espace personnel, une préférence du moment ou le point de départ d’une conversation nécessaire. Ce qui compte, c’est de pouvoir entendre la réponse sans transformer l’amour en obligation de disponibilité.

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